jeudi 10 mai 2018

Mes intimes étrangers

Auteur : Luc Duwig
Editions : Carnets Nord (mai 2018)
Nbre de pages : 167


Présentation de l'éditeur :
«Je veux prendre la parole au nom de tes victimes, au nom de chacune d’elles, même si je suis mort, moi aussi, le 10 juin 1944. »

Enfant, adolescent, puis adulte, Luc s’interroge : Pourquoi, dans sa famille, ne lui parle-t-on jamais de son grand-père, ce grand-père qu’il n’a pas connu ? Même sa merveilleuse et tant aimée grand-mère lui oppose un implacable silence. Comme si celui-ci, Jean-Ferdinand, n’avait pas existé. Luc va enquêter et trouver des réponses. La vérité sera encore plus terrible qu’il ne l’imagine.

Un récit bouleversant qui plonge au plus profond de l’âme humaine. Les mots de Luc Duwig sont forts et justes. Comment vivre avec un tel héritage ? Peut-être en révélant le secret de famille ? L’amour est-il encore possible dans de telles conditions ? Si oui, à quel prix !


Mon avis :

Nouvelle parution des éditions Carnets Nord, Mes intimes étrangers est un récit qui me tentait beaucoup puisque l'auteur va tenter de comprendre pourquoi sa famille refusait de lui parler de son grand-père maternel.

Avec lui, nous allons apprendre ce qu'il en est de cette famille dont le silence avait la primeur sur une vérité difficile à avouer.

Je savais que j'allais entrer dans un récit parlant de la Seconde Guerre Mondiale. Vous le savez, j'aime beaucoup cette période difficile et les romans ou récits qui me permettent de mieux la comprendre me tentent terriblement.

Ici, l'impact que va avoir ce silence autour d'un grand-père dont tout le monde veut taire l'existence va être énorme tant pour Luc Duwig que pour son entourage.

En tant que lectrice, on ne peut que s'imaginer les difficultés de vivre avec un passé chargé comme le fut celui du grand-père de l'auteur.

Si je n'ai pas été marquée par les agissements de ce grand-père, je l'ai été énormément sur l'ampleur du désastre que cela va engendrer au sein de la famille mais surtout du côté de Luc.

Si le jeune garçon de l'époque va se rendre compte que le sujet du grand-père est tabou, les révélations qui lui seront faites de-ci de-là par son oncle, notamment, ne le seront que lorsqu'il sera un homme mais les dégâts psychologiques vont être importantes.

Comment arriver à se construire avec un tel passé mais surtout l'ombre de cet homme dont personne ne veut parler ? Comment ne pas lui en vouloir pour ses agissements ? Et sa grand-mère ? Pourquoi n'a-t-elle rien dit ? Où est-il ? Est-il toujours de ce monde ? Regrette-t-il ce qu'il a fait ?

Je ne pensais pas que ce serait un héritage aussi lourd à porter, alors même que les années d'après guerre seront terribles pour les familles des collaborateurs.

Même si je sentais qu'on tournait un peu en rond sur le devenir de ce grand-père après sa disparition mystérieuse, j'ai été surprise de réaliser que Luc Duwig, à cause de lui et de sa grand-mère, vivait très mal, se rendant responsable des victimes que son grand-père avait causé.

Je trouve compliqué de prendre pour soi les fautes de ses aïeux. Nous ne sommes nullement responsables de ce que font ou ne font pas nos parents, grand-parents...

Du coup, j'ai eu du mal à comprendre l'auteur sur son mal-être, même si je pouvais admettre qu'un tel passé était difficile à accepter.

Il aura des mots très durs envers cet homme qu'il ne connaît pas mais surtout envers sa grand-mère qu'il aimait tout particulièrement.

Et c'est vraiment sur cette relation que j'ai ressenti de l'empathie pour l'auteur parce que comment peut-on accepter qu'un être que l'on aime plus que tout puisse rester taisante et faire comme si de rien était alors même que l'histoire est là, dans des livres écrits après d'énormes recherches faites par des historiens ?

Je crois que c'est ce qui fait le plus de mal dans ce roman et les dernières lignes sont très difficiles à lire parce que Luc Duwig va apprendre à faire le deuil de ce couple mais surtout de cette grand-mère à laquelle il était très attaché.

Mes intimes étrangers n'a pas été un récit poignant comme je le pensais. Il est dramatique parce que l'on se rend compte que le passé finit toujours pas nous rattraper et qu'il est extrêmement difficile de l'accepter si on n'y est pas préparé.

Luc Duwig nous démontre dans son livre à quel point le silence de l'ensemble de sa famille l'a brisé et le temps qu'il lui a fallu pour accepter mais surtout se reconstruire pour surmonter cette vérité qu'on lui avait cachée. C'est un récit touchant sans être larmoyant que j'ai beaucoup aimé découvrir.

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